menace d'invasion massive

20.000 marronniers sont rongés par "la mineuse du maronnier"

 

Paris capitule : ses alignements de marronniers sont bel et bien condamnés, 20.000 arbres sont déjà rongés par la « mineuse du maronnier », dite « des Balkans », une chenille vorace qui a envahi toute la France en moins de dix ans.

Millau tente, pendant ce temps, de freiner l’avancée des frelons asiatiques : un nid de 2.000 individus vient d’être signalé, le premier dans l’Aveyron. Redoutable prédateur de nos abeilles, il progresse vite et sera sans doute aux portes de l’Ile-de-France d’ici deux ans.

La bataille est d’ores et déjà perdue pour le Canal du Midi. Les 42.000 platanes qui le bordent vont être abattus, vaincus par le chancre coloré, un champignon microscopique débarqué dans les cales d’un navire américain en 1944. Coût de l’opération : 200 millions d’euros.

Des invasions massives

 

Désormais, chaque année, des dizaines d’espèces de plantes, d’insectes, de poissons, de champignons, venus du monde entier, s’implantent silencieusement en France. Certaines de ces créatures lointaines se révèlent d’implacables bombes biologiques à retardement : elles pulvérisent les écosystèmes locaux, affectent l’économie et menacent la santé publique. Ces invasions sont aujourd’hui reconnues comme une des principales causes de destruction de la biodiversité. « Lorsqu’une espèce invasive est établie, il est presque impossible d’arrêter sa progression. Et le phénomène ne fait qu’accélérer », estime Laurent Lapchin, directeur adjoint à l’Institut scientifique de recherche agronomique (Inra).

Une menace grandissante

 

 

Le phénomène a pris une nouvelle ampleur ces dernières années. Achevé en 2008, le programme de recherche Daisie (Delivering Alien Invasive Species Inventories) a réalisé un inventaire complet des espèces animales ou végétales introduites en Europe depuis l’an 1500. « Plus de 1.000 espèces invasives sont répertoriées aujourd’hui en Europe comme ayant un impact négatif sur l’environnement ou l’économie. La fréquence de ces invasions biologiques a pratiquement doublé en trente ans, en raison de la multiplication des échanges internationaux. Près de 75 % des espèces de poissons, 65 % des espèces d’insectes et 60 % des espèces de champignons qui se sont établis en Europe sont arrivés après 1950 », observe Alain Roques, spécialiste des invasions biologiques à l’Inra d’Orléans.

Un monde sans frontières naturelles

 

Aujourd’hui, la grande majorité des espèces invasives arrivent d’Asie. Frelon asiatique, huître japonaise… Ils sont arrivés en Europe à bord d’un avion, d’un camion ou encore dans les eaux de ballast ou sur la coque d’un bateau. « La multiplication des échanges avec l’Asie a relégué les Etats-Unis au second rang des sources principales », confirme Alain Roques. « Par le passé, certaines espèces étaient incapables de s’implanter en Europe. » L’activité humaine a également sa part de responsabilité. « La pollution, la destruction des habitats naturels, fragilisent le milieu naturel local et favorise l’implantation de ces espèces indigènes », souligne Michel Echaubard, secrétaire général de la Société nationale de protection de la nature (SNPN).

Mais les changements climatiques facilitent aujourd’hui leur acclimatation, « on le constate notamment en Méditerranée », pointe Laurent Lapchin. D’autant que les deux tiers de ces espèces exotiques colonisent le milieu urbain ou péri-urbain.


Une lutte laborieuse et hors de prix

 

Un peu partout en France, la lutte s’organise. Sans grands résultats pour l’instant. « Dans la plupart des cas, l’éradication ne fonctionne pas et elle est très coûteuse, constate Laurent Lapchin. Les actions ont pour objectif principal de ralentir l’invasion. » En Pays de la Loire, le plan d’arrachage de la jussie, une plante originaire d’Amérique du Sud, a coûté plus de 3,5 millions d’euros en douze ans. La chrysomèle du maïs, un fléau économique, est traquée avec des pièges. Des méthodes plus sophistiquées, comme la lutte biologique, montrent des résultats encourageants. Nos scientifiques tentent maintenant d’anticiper de futures invasions en allant observer l’ennemi sur son propre territoire, en Asie.

Chiffres :

3,5 millions

C’est le coût de l’arrachage manuel de la jussie en Pays de la Loire pour une période de douze ans.

1,5 million d’euros

C’est la somme déboursée par la ville de Nice pour la replantation de 500 palmiers, décimés par le charançon rouge.

  12 milliards d’euros

C’est le montant des dépenses annuelles effectuées pour compenser les dégâts et pertes économiques infligés par 1.000 espèces invasives en Europe.

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